Je partage ici sur un sujet important : est-ce que l'IA peut nous aider dans un mieux-être psychologique ?
C’est un sujet important qui prend de plus en plus de place depuis que l’IA est arrivée dans nos vies. Une plateforme où, quel que soit le moment du jour et de la nuit, quelqu’un (un robot) répond à toutes nos questions, états d’âme, doutes et peurs.
C’est réconfortant bien sûr et ceux qui l’utilisent peuvent penser qu’ils se sentent :
- moins seuls,
- soutenus,
- entendus,
- compris,
- et aidés.
Mais est-ce réellement le cas ?
Jamais sans mon IA
Le rabbit hole de l’IA pousse à tout lui confier et à le choisir comme premier confident. Mais parlons déjà du premier impact : la perte de connexion à soi.
Ce qui m’a le plus touchée quand j’ai commencé à voir les personnes utiliser l’IA, c’est que cela vient remplacer des temps de présence avec soi.
Un temps où il n’y a rien à comprendre, mais simplement sentir, être avec soi, et se laisser explorer. Ou même, un temps où nous rentrons en discussion avec nous-mêmes. Ce temps qui était déjà volé par les réseaux sociaux est désormais également menacé par le dialogue avec l’IA.
L’IA semble alors être cette entité extérieure vers laquelle je me tourne quand je ne sais pas.
Et pourtant, en tant que psychologue, nous le savons, l’une des plus grandes ressources est de s’autoriser à : ne pas savoir, ne pas contrôler et autoriser nos émotions à être.
Parler avec l’IA, c’est une nouvelle manière de se dissocier de ce qui est présent et de rejeter notre sagesse intérieure au profit d’un avis extérieur au Soi.
Ce que j’enseigne chaque jour à mes patients, c’est combien leur corps, leurs sagesses intérieures ont déjà toutes les clés pour guérir.
Alors aller chercher un robot pour se comprendre, c’est souvent un détour plutôt que la voie royale.

Être validé avant tout
L’une des choses que fait le robot est de valider les émotions et croyances de celui qui écrit.
Il est donc facile de se sentir compris, mais pas nécessairement soutenu de la bonne manière.
L’IA peut parfois, selon la manière dont la question est formulée et les informations qui lui sont données, renforcer certains éléments de sa réflexion ou de ses croyances, et ainsi renforcer l’idée que ne pas changer est une excellente idée. D’une autre manière, la réponse peut parfois ne pas être adaptée à la gravité de la situation ou contribuer à renforcer certaines pensées problématiques.
Dans notre vie de tous les jours, le système de valeurs de la personne à qui nous nous confions est important, sa neutralité ou bien sa vision de la vie va venir profondément guider et influencer ses réponses. Nous cherchons un cadre de compréhension qui nous permet d’être nous-mêmes, sans perpétrer de la violence sur soi ou sur les autres.
L’entreprise Morpheus Systems a testé des dizaines de modèles d’IA générative avec des messages simulant des pensées délirantes ou mystiques. GPT-4o, le modèle par défaut de ChatGPT au moment du test, confirmait ces délires dans 68 % des cas (source IFEMDR).
Ainsi l’IA peut nous amener sur un chemin délétère pour notre santé mentale. S’aimer, c’est prendre soin de la qualité du soutien que nous recevons au quotidien, de ce que nous lisons, de ce que nous regardons, car nous recevons constamment des informations nous guidant à agir d’une manière ou d’une autre. L’importance de développer une intelligence intuitive plutôt que de faire confiance à toute source extérieure devient presque une question primordiale dans cette nouvelle ère des intelligences artificielles.
En avril 2025, OpenAI a dû retirer une mise à jour après avoir constaté qu’elle validait les doutes, alimentait la colère, incitait à des actions impulsives et renforçait les émotions négatives. L’opposé de ce que l’on souhaite d’un confident.
L’IA se souvient
Le robot se souvient, il enregistre vos conversations passées, tout ce que vous lui avez confié et c’est ainsi que vous vous sentez proche, compris et que vous ressentez une forme d’intimité.
Malheureusement, cette mémoire est également ce qui vous empêche de changer, d’évoluer et d’être vu sous un jour différent.
Ainsi, cette béquille émotionnelle pouvant paraître un soutien infaillible au premier abord, peut très vite nous pousser à l’isolement et réduire l’intimité émotionnelle avec nos compagnons humains. Des recherches ont montré combien ceux qui utilisent l’IA quotidiennement perdent contact avec leurs soutiens extérieurs.
Une étude rapportée par l’IFEMDR a analysé plus de 4 millions de conversations à la recherche d’indices affectifs et interrogé plus de 4 000 utilisateurs américains. Les résultats montrent une corrélation entre usage quotidien intensif et augmentation du sentiment de solitude, de la dépendance émotionnelle et d’une utilisation jugée problématique par les utilisateurs eux-mêmes, ainsi qu’une diminution de la socialisation.

Car oui, les humains sont imparfaits
Vos amis n’ont pas toujours les bons mots, votre famille est peut-être évitante et même les psys sont imparfaits ;)
Ils ne comprennent pas toujours ce que vous dites, ils oublient, vous demandent de répéter. Parfois même ils ne sont pas de bons conseils. Ils sont fatigués, car ils sont humains, ils n’ont ni enregistreur, ni une bibliothèque de formulations compréhensives et d’automatismes.
En revanche, ils ont cette incroyable beauté : l’intuition, la présence, la compassion, l’humanité. Et aussi : le doute, la peur, la douleur. Ils ont l’expérience d’avoir, comme vous, ressenti l’absence, le vide, la colère…
Ils ne vous aident peut-être pas toujours à comprendre. Mais ils peuvent vous aider à sentir, à être avec, sans nécessairement chercher une solution. Ils peuvent être là, en chair et en os.
Et cela fait une grande différence.
Dans le cadre d’une thérapie également, comme le relate cet article de l’IFEMDR : en contexte thérapeutique, cette caractéristique est potentiellement délétère — elle peut renforcer des ruminations, des distorsions cognitives ou des croyances dysfonctionnelles que le thérapeute humain travaillerait précisément à questionner. Ariane Calvo, psychothérapeute interviewée par France 24, résume : la verbalisation peut être accompagnée par l’IA, mais le changement thérapeutique exige une confrontation bienveillante que l’IA ne peut pas fournir.
Nous n’avons pas besoin de plus d’IA
Je vous livre pour finir mon humble conclusion : nous n’avons pas besoin de plus d’IA. Les recherches le confirment déjà, les applications n’améliorent pas notre bien-être émotionnel, au contraire, elles sont une manière supplémentaire de nous en couper.
En revanche, nous avons besoin de prendre le temps d’être les uns avec les autres.
De prendre le temps d’être avec soi, avec notre écriture, nos émotions et de prendre confiance que c’est assez.
Ce lien que nous pouvons créer avec nous-mêmes : intimement, imparfaitement, c’est ce que nous cherchons, au fond.
Il est humain, naturel de chercher du soutien mais il est important de pouvoir questionner, éduquer et comprendre l’impact de ce que nous faisons sur notre santé, notre bien-être.
Pour aller plus loin : chatbots et santé mentale (Eudonia), et les IA comme confidentes (The Conversation).






